ingrid bergman cary grant echarpe
clark gable scarve

Entre Lord Byron et « les crocodiles de central Park sont tristes le lundi », son cœur balançait. Elle voulait résolument atteindre une plénitude littéraire. A défaut d’une foule sentimentale, d’une soif d’idéal…Au moins ça. Elle se maudissait de cette désinvolture guidée par l’honnêteté : comment n’y avait-elle pas pensé ? Un vol olfactif n’est pas un vol, en soi. C’est du kidnapping de son souvenir qu’elle rêvait en cet instant. Son odeur, et cette écharpe qu’elle n’avait pas su subtiliser sur le départ, les mains liées par la moiteur paralysante de l’au revoir. Voilà que la frustration reremontait, elle lui vrillât l’intestin grêle. La grêle de « cheetos », qu’elle avait sournoisement subtilisé au bunker de « junk food »-normalement- sous scellé, lui pèse sur le cœur. Ce même cœur qui se maudit de battre avec un souffle court et haletant, alors qu’elle devrait enchaîner un medley cardiaque digne de Santana, quand libre comme l’air. Elle était comme ça, depuis toujours. Elle le savait maintenant. Complexe de la pensée, paradoxale des envies, excessive de la vie, impulsive dans ses choix…réfléchie et étrangement sage et mure, dans ses raccords et son auto critique, après coup, après la chute du mur de Berlin, après encore, encore au-delà des  11 septembre de son existence. Ils étaient plusieurs. Les reconstructions se faisaient souvent sans l’UE ou le FMI, la BIRD ou encore les lobbies pétroliers…Ils se faisaient à sa sauce : beaucoup de volonté et de l’huile de coude, un optimisme inébranlable et une rage de vivre infrangible. De belles rencontres, qui succédaient à des adieu plus laids, tant de fois vils. Il y avait aussi des au revoir, souvent. Elle ne faisait pas dans la demi-mesure. N’avait pas envie de le faire. C’était juré de ne pas changer cette nature qui la force, des fois, mais qui fait surtout sa force. Elle, au caractère bien trempé, forgé dans le zinc des avions de 1944, avait pourtant le pardon facile : car la rancœur et la rancune lui brouillaient le teint, et mettaient à mal son bronzage au tatami naturel, comprenez ses subtiles et discrètes taches de rousseur.

Mais là, c’était une question d’odeur. Jean baptiste grenouille, dans sa folle obsession et quête du parfum,  lui aurait suggéré le meurtre pour la récolte du nectar ultime et sublime, advitam eternam. Elle voulait le vivre, elle ne voulait pas lui survivre. Il n’en était pas question. Abjecte pensée de l’extrême, face au désarroi mêlé d’impatience. Entre son ovulation mensuelle et l’ennui des autres, elle c’était épanouie, inconsciemment, dans un cocon qui n’était pas son destin. Même pas en dessein. Il s’est imposé à elle, naturellement.

Es-tu sérieuse ? Se disait-elle (elle se parle,  oui…puisque personne ne semble avoir le mot juste, au regard de la situation –encore une fois- si complexe, et  lui donner une répartie saine). Une écharpe contre une présence, des mains, une caresse, un regard, et les fameux bras d’Yves Saint Laurent qui habillent une femme à la perfection…tu renonces a tout ça, pour une F****** écharpe odorante !! Mais demande le lui son satané parfum, achètes le, et asperges ton oreiller, tu dormiras même avec lui, qu’on en finisse du mélodrame nasal à la fin !

-Mais non, je n’y renonce pas, espèce d’idiote, je prends mon mal en patience, je trouve une alternative à la torture de l’attente. Cette putain respectueuse, à l’instar de la chartreuse de parme, m’impose l’infortune de ma vertu ! A vrai dire, même Le marquis  De Sade « is so sad for me…for now »! Au moins ça, vois-tu : si je ferme les yeux, en respirant fort, profondément et limite à m’en exploser les poumons, je peux peut être revivre ce moment : ce délice, ou ma nuque était au creux de sa main, sa paume à plat sur ma clavicule et ou, virtuose du toucher, il jouait du Bach avec ses doigts agiles…Non ce n’est pas de la philosophie cantique, ni un épilogue pour fumeuses d’herbes en manque d’inspiration ! Je te dis que c’est comme ça que j’apprends à attendre, MOUA !

-Mais tu attends quoi au juste ? Et tu te retrouves encore en situation d’attente ? Encore ! toi, la Castafiore des relations humaines, la Callas du répertoire masculin quémandeur de ton regard, pourvu que tu t’attardes et t’arrêtes…Toi, qui veux être cette tête de locomotive, qui veut la liberté de toute dépendance affective…voilà que tu t’en trouve une nouvelle, de casserole à trainer : la dépendance olfactive !! Euréka ! Ah mais tu fais fort, dans le compliqué…Compliquée à suivre, à avoir, à apprivoiser , à garder, à aimer fort sans toucher à ta fragilité «  de fer »…

-Non, ce soir c’est simple : je suis pragmatique, je suis « terre à terre » dans l’apesanteur de ma nébuleuse sentimentale : je le verrai, c’est sûr, mais plus tard. Je le sais. Il « fera », factuel il sera, parce qu’il sait qu’il va en m’aimant, sans « démenti politique officiel », nous n’en sommes plus là. Il ne dit rien, mais n’en pense pas moins. Il a, sais-tu, ce don de faire beaucoup de bruit avec son silence. Et puis cette phrase, venue quelque semaine plus tôt, échoir sur ma corde sensible des métaphores, prenait tout son sens, là : « j’entends ta voix dans tous les bruits du monde »….Rien n’est anodin, preuve en est…là. J’entends…Mais une chose est sure : je volerai son odeur, ou je garderai un bout de lui, la prochaine fois.

Il y avait la saturation des bruits, des voix, des mots. La Confusions des sens aussi. Mais les sentiments étaient très clairs, eux. Simples. D’une simplicité  déconcertante. A croire le compliqué plus apaisant. Aucun ombrage de « compliqué » dedans. Comme elle avait une grosse journée le lendemain, elle décida de positiver, et de maîtriser (cela la rassure, elle aime être rassurée) ce qui lui restait d’elle-même : elle allait se créer un look en fonction de l’humeur, la sienne et celle du ciel aussi…demain. Des talons, une jupe crayon, un autre coup de crayon sur les paupières, une crinière dans le vent ou plaqué à tout va. Elle allait, dans la foulée, voir une personne qu’elle aime, d’un autre amour, et ne pas lui raconter tout cela, ça sers à ça l’amour : éviter de faire peur aux autres, ceux qui s’inquiètent de votre folie évidente et pérenne. Elle l’entretenait, la nourrissait puis la préservait religieusement. Celle d’aimer la vie au-delà de ses limites. Au-delà du regard des autres…   demain, à la fin de la journée, elle aura encore plein de chose à dé-compliquer…elle le savait, elle était simplement compliquée : elle détruisait et dé-compliquait tout ce qui se dressait entre elle et son bonheur. Le rendez-vous est donc maintenu.

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