By Naoufal Sbaoui

By Naoufal Sbaoui

Patronyme. Nés avec, par défaut. Au bon gré du hasard nous sommes, dès notre venue au monde et sur le départ de nos vies, affublés d’une étiquette. Une marque en soit. Le « branding » des noms de famille, de l’inconnu au plus connu, pourrait aussi avoir une place au soleil. Il pourrait, comme produit commercial marqueté et dument positionné en niche, revendiquer une Family-Name Week, à l’instar d’une Fashion Week, peut-être ?

Cette importance n’est pas caricaturée, non pas de dessin fantasque ici. En marketing et en communication, l’on vérifie cela quasi quotidiennement, puisque Dale Carnegie le souligne en expliquant que « le nom d’un homme est pour lui le mot le plus important de tout le vocabulaire »… Et à y regarder de plus près, nous avons souvent ce préjugé quand, au premier abord face à une personne introduite, nous entendons son nom. Soit l’indifférence la plus totale, soit, au contraire le fameux et quasi-inconscient : ahhh mais oui, je vois qui c’est, j’ai déjà entendu ce nom ci. En fait, la réalité est tout autre. Non, vous ne voyez pas qui c’est, vous ne l’avez jamais vu d’ailleurs vous le savez ! Mais le nom est une carte visite si les armoiries (qu’elles soient aristocrates, success-business story, ou une join venture de 2 grosses familles réussie en mariage) vous parlent. Sinon, à vous de faire vos preuves, en plusieurs étapes…

Le nom de famille est impactant. Nous pouvons nous mentir et dire qu’aujourd’hui cela n’est plus d’actualité dans notre village-monde, ou de parfait inconnus sont internationalement connus grâce à eux même. Mais ce petit réflexe élitiste, qui érige des castes inconscientes alors que les barrières sont tombées il y a bien longtemps, est toujours vivant dans notre partie du globe. Insidieusement. L’air de rien, l’air de famille évoque beaucoup, en préjugé, en idées préconçues surtout. Une sorte d’avant-goût de la personne et de son potentiel socio-culturel. Dans notre société, nous feignons de ne pas être sectaires. La question de la régionalisation n’est même pas soulevée à cette échelle. Il y a juste quelques lettres qui suivent, avant le prénom. Celles que votre père vous a généreusement léguées. Un lien de filiation, pour savoir d’où vous venez. A quelle tribu vous appartenez. Votre patrimoine génétique se retrouvera, dans un monde utopiste, coté à la bourse des « beaux gênes », précieux mix soigneusement décanté à travers les siècles de couplages.

Oui, certes, avouons-le : jusqu’à la majorité, nous sommes en droit « d’être revendiqués » comme appartenant à telle filiale sociale, tels des produits maison, en phase d’accomplissement et d’activation. De l’industrie sociétale, fermée ou pas, crémeuse à souhait ou simplement authentique et basique, sans fioriture et gel émulsionnant ; comprenez sans arbre généalogique florissant : tout le monde est classé dans une catégorie. Le dogme de l’appartenance nous  impose une identification, donc un jugement par déduction. Après quoi viens la période de revendication syndicale de nous, individu et personnalité à part entière. Précisons dans un souci d’honnêteté et de transparence, plait-il : lorsque ça ne va pas, nous avons toujours le bouclier du nom…qui en lève d’autres pour nous protéger, nous ouvrir les bonnes portes, ou  fermer surtout les mauvaises.

Un peu comme dans Alice au pays des merveilles, et le lapin blanc qui court dans les dédalles, en passant par des couloirs et des portes peu adaptées à sa taille et à son personnage…Nous sommes des personnages adaptables à notre société ; encore faut-il savoir sur quel tableau et quel acte de la pièce nous avons été placés. Auquel cas, il y a un froid. Un décalage inavoué et inavouable. Une incompréhension, suivie d’une réaction épidermique invisible qui se traduit par : de la condescendance, de l’empathie, des excuses envers soi-même (ego : jeu de lego à la vanité empilée), puis envers ses semblables tribaux…Enfin une ignorance dans le meilleur des cas, ou de l’animosité réticente masquée, bien souvent. Nous ne voilons pas la face, assez de voiles ailleurs comme cela.

Pour en arriver à une question charnière : Pourquoi le nom pèse sur nos épaules, dans notre société actuelle, autant que nos réussites, ou nos échecs ? Goethe le disait bien, « le nom propre d’un homme n’est pas comme un manteau qui pend autour de lui et qu’on peut tirailler et arracher, c’est un vêtement parfaitement adapté, quelque chose comme une peau, qui l’a recouvert comme entièrement et qu’on ne peut gratter ou écorcher sans le blesser lui-même».

Devons-nous donc justifier nos coups d’éclats ou nos revers en blâmant notre patronyme, ou en le remerciant avec déférence ? Il joue de façon conséquente bien que nuancée,  et à un degré notoire encore aujourd’hui. Inutile de le nier, dans nos décisions, et dans les décisions des personnes auxquelles nous avons à faire sur différents bords, il y a un vote et une inclinaison inconsciente. De façon récurrente, nos rencontres professionnelles ou personnelles, en sont toutes rythmées. « Lalla flana » (comprenez madame X), fille de…Son père ? Oui, mais pas seulement. La tribu et le patrimoine génétique aux ramifications est bel est bien estampillé et présent.
Que fait-on de la mère ? Modeste contribution que de donner la vie, n’est-ce pas…

Pourquoi ne pousserions nous pas, dans notre société actuelle, la liberté d’exister en tant qu’individu « appartenant à une family brand », l’égalité jusque-là ? La parité oui,  ou le choix d’exister doublement, sont des revendications et des droits exigés par toute société évoluée. Une société qui se dote d’un système de valeur autre que le lègue du géniteur à lui seul. Une société qui reconnait que le patrimoine génétique et l’individualité historique d’une personne est à 50% biologiquement octroyé par une femme : celle qui l’a engendré.

En évoluant sainement, dans cette dualité en osmose, qui complète à vrai dire notre identification sociale de façon plus honnête et sans feutrage ni ombrage sur une partie de nos origines, nous pourrons trouver une complémentarité dans notre façon d’exister. Malgré le poids du nom, parce que l’équilibre serait alors sur nos deux épaules. A vrai dire, puisque l’on ne peut s’y dérober, autant que cela soit mieux assumé par les deux parents, et soyons directs : la contribution de la mère s’apposerait sur l’extrait d’acte de naissance. En quelques lettres, elle aussi existera aux yeux du monde et de la société, comme « co-fondatrice de l’individu X ». Elle prendra vie, dans la vie qu’elle aura donnée. Pour finir, donnons doublement raison à Mallarmé, une surenchère : puisque tout homme est enfermé dans le cercle d’un mot : son nom…Autant en avoir deux, non?.

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3 Comments on “Les inégalités des noms de famille

  1. (je m’excuse par avance pour ce préambule, c’est un peu au ras des pâquerettes)
    Ca me fait penser à une réplique du film « Les visiteurs », quand Isabelle Nanty explique à Christian Clavier, dont le nom de famille était jadis « Jacquouille », transformé depuis en « Jacquart » : « j’avais un vieux copain à l’ENA qui s’appelait François Lecu, il a transformé son nom en Lefu, ça a changé sa vie ! »
    Plus sérieusement, c’est une question intéressante. La conception qui a prévalu pendant des siècles, selon laquelle on doit forcément porter le nom de son père, a été brisée récemment, en France au moins, et je pense dans d’autres pays également : désormais, on est libre de porter ses deux noms, ceux de ses deux géniteur et génitrice. Et ce n’est que justice ! Combien de noms de famille se sont éteint au fil du temps, à cause de cette « règle » ???
    On pourrait aussi faire un très bel article au sujet des prénoms. De leur signification, de la raison de leur choix, etc. Et aussi au sujet de la connerie des parents qui voudraient affubler leur gosse d’un prénom hallucinant… Récemment on a beaucoup parlé d’un couple qui voulait appeler son enfant « Nutella ». Heureusement l’état civil a rejeté cette idée ! Et il y a quelques années, M. et Mme Renault avaient voulu appeler leur fille Mégane. Nan mais allô quoi…

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    • Tu m’as bien fait rire et qu’elle imagination dans ton argumentaire mêlé d’humour je salue!!! Oui ici la question est encore timide mais c’est un fait: on la pose et on essaie d’avancer dans ce sens…Nutella je suis fan, à la cuillère 😉 quant à l’histoire des prénoms c’est simple: je trouve cela merveilleux et honorable d’avoir une histoire derrière chaque début d’être humain. Ça commence par la.

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    • Oh, sérieux ? Moi, j’ai de l’imagination ? Un truc que j’ignorais…
      Disons que j’aime bien, avant d’entrer dans le vif du sujet, planter le décor avec une petite note légère 🙂
      C’est le genre de progrès social qui a toutes les chances d’aboutir, question de bon sens… Faut commencer par en parler, pour que l’idée fasse son chemin et soit reprise en choeur par suffisamment de monde pour que cela interpelle le législateur. Faut être confiant !
      Tiens tiens, du Nutella à la (petite ?) cuillère… J’ai déjà entendu ça dans la bouche d’une femme plus d’une fois !!! Tellement addictif… (c’est du Nutella que je parle ??? Je ne sais plus)
      Ah ça, les prénoms, c’est bel et bien toute une histoire ! Hélas, je déplore qu’aujourd’hui les prénoms soient surtout choisis en fonction de phénomènes de mode plus qu’en fonction de leur sens. Hélas…

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